"It Gets Better" : témoignage de Janet Mock, femme qui est née homme. A voir, vraiment.

Publié le par Gaby the fish

 

( Vidéo où Janet s'exprime à voir dans la suite de l'article 

 

 

               It-Gets-Better-Logo

 

 


 

Contexte


It Gets Better, signifiant littéralement "ça ira mieux", est un projet états-unien (pour changer...) initié en septembre 2010 par Dan Savage afin de lutter contre les nombreux suicides d'adolescents gays, lesbiennes, bi et trans. Cela consiste en une série de messages vidéos de célébrités (ou non), gays, lesbiennes, bi, trans, (ou non), qui adressent leur soutien à ces ados. 

 

[ajouté le 19 juillet : il faut absolument que je prenne le temps de faire un article sur Dan Savage, concepteur de ce projet ainsi qu'une relecture critique du projet lui-même...grâce à une critique de ce projet que m'a transmis un ami, j'ai fait plus de recherche sur le bonhome, et il s'avère que monsieur est l'un des abrutis qui avait attaqué la communauté noire américiane après la controverse de la California Proposition 8. Je ne détaillerai pas plus ici, mais je fais cet ajout pour montrer qu'il faut désormais lire le présent article plus pour le témoignage de Janet Mock, qui reste salutaire en visibilisant une femme noire née homme, que pour un éloge du projet "It Gets Better" et de son concepteur.] 

 

Ce qui m'intéresse ici, c'est que si on souscrit à l'idée que le suicide est un phénomène social et pas un problème psychologique inscrit "dans " des individus, leur gêne, leur "nature", ou résultat de ce qu'ils ont vécu de manière "personnelle", on peut se dire qu'ils ne se suicident pas indépendamment des sociétés dans lesquelles ils sont. (Voir tout simplement Le Suicide de Durkheim). Ainsi, ce qu'ils ont vécu de manière "personnelle" n'est pas sans lien avec quelque chose de collectif. Leur suicide n'est donc pas le résultat de "leur problème, parce qu'ils sont dépressifs", par exemple. Au fond, "leur" problème, reflète ce que les sociétés créent comme exclusion. Alors, considérer que l'on peut aborder la question du suicide par une action politique  semble tout à fait pertinent : il s'agit d'adresser son soutien à un type de potentiels suicidés que crée une société homophobe et transphobe afin que littéralement, ils choisissent la vie. 

 

Ce projet rappelle un autre intitulé Black Gifted and Gay (= Noirs, Talentueux et Gay) dont j'ai déjà parlé sur ce blog, et qui cette fois, ciblait particulièrement les adolescents noirs. Des personnes mettent en lumière des aspects de leur vie privée afin de faire avancer des causes. C'est le principe de rendre visible des personnalités gays, lesbiennes bi et trans afin de les ériger en modèle pouvant inspirer et déculpabiliser celles et ceux qui vivent mal leur sexualité et/ou leur identité de genre, particulièrement lorsque cela entre en conflit avec des identités supposées contraires ("Noir" et "homosexuel" par exemple). 

  

Ici je présenterai la vidéo de Janet Mock, femme hawaïenne qui a connu un parcours de transition d'homme à femme. Je ne la présente pas en tant que "femme trans", car ce n'est pas ainsi qu'elle parle d'elle. La visibilité des personnes dites of color en anglais, à savoir noires, arabes, indiennes, latinas, asiatiques etc, qui sont homos et trans est donc politiquement une urgence, surtout lorsque les discours racistes et homophobes dans les pays occidentaux n'ont de cesse de monter les communautés ethniques et sexuelles les unes contre les autres. 

 

 

 

Témoignage

 

Traduit par moi,  à partir de la vidéo ci-dessous. D'éventuelles corrections sont donc les bienvenues. 

 

 

                           
                                  

                                          It Gets Better. Love, Janet Mock from Sunnysidefarm on Vimeo.

 

 

 

« Bonjour, je m’appelle Janet. Je suis venue au monde en tant que Charles,  premier fils de mes parents. Je suis née à Onululu à Hawaï. J’avais environ 4 ans quand j’ai su que j’étais une fille. Personne d’autre que moi ne le savait, mais c’était ma plus forte conviction. Mon genre était vraiment mon premier moment de grande conviction, comme Oprah aime le dire*. Quand est venue l’époque du collège et du lycée, j’ai commencé à me détester,  à détester mon corps, à détester le fait que  les « vraies filles » se transformaient en femmes, alors que moi j’étais cette fille, prisonnière de ce corps de garçon. Le soir j’imaginais dans mon lit qu’un génie apparaitrait miraculeusement, et me transformerait en femme tout d’abord, à savoir la fille que j’étais au fond de moi, et deuxièmement qu’il accélèrerait ces 4 années de lycée. Je n’avais vraiment pas envie de les subir. A la rentrée** j’ai commencé à transitionner de Charles à Janet. On m’a emmerdée, intimidée, tourmentée, mais mon rêve se réalisait enfin. Cela m’a rendu plus forte et encore plus certaine de qui j’étais. Mais c’est seulement quand j’ai demandé de l’aide autour de moi que j’ai pu commencé à réaliser ce rêve. Et, avec l’aide d’amis merveilleux qui me comprenaient et m’écoutaient vraiment, ainsi qu’avec le soutien d’enseignants et de conseillers à l’école, j’ai pu aller jusqu’au bout de ces 4 années de lycée. J’ai même pu avoir une bourse pour l’université d‘Hawaï***. Je n’arrivais pas à croire que mon rêve devenait réalité. Depuis, j’ai déménagé d’Hawaï pour New York où je peux dire que j’ai enfin trouver l’entourage que je cherchais. J’ai un petit ami dont je suis amoureuse, des amis qui m’aiment pour ce que je suis, peu importe mon passé. Rien de tout cela n’a d’importance. J’ai aussi une carrière en tant qu’écrivaine qui me donne des objectifs et l’envie d’aller loin. Je sais que toi aussi tu peux comme moi vivre la vie de tes rêves. Je te promets que ça ira mieux. Je le sais parce que je suis toi. J’ai de l’affection pour toi**** et je suis pressée de te voir passer de l’autre côté. »

 

 

 

J'aurais ultérieusement pas mal de choses à dire sur la manière dont a été récupérée le témoignage de Janet, ou plutôt, la manière dont son témoignage n'a pas du tout compté:  c'est sa beauté qui a tout fait : certaines personnes laissent des commentaires sur les sites où elle apparait en laissant entendre que finalement, une personne ayant changé de sexe n'est pas monstrueuse ou déviante, lorsqu'elle est belle à ce point. En gros, la beauté sert à valider (ou invalider) le changement de sexe...y'a du boulot ! ;)  

 

* le site SOS homophobie est assez éclairant à double tranchant : la transphobie joue le rôle de parent pauvre sur un site qui se présente comme "association nationale de lutte contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie, et la transphobie". 

 

Quelques liens : 

Blog de Janet : http://janetmock.com/

Blog It Gets Better : http://www.itgetsbetter.org/


 


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Vanessa 17/07/2011 00:05


Bonjourd, merci de me faire découvrir ce projet, cette personne, j'ai eu les larmes aux yeux. Je n'y connais rien en problématique transexuelle. Je suis lesbienne des antilles, qui n'a pas eu le
courage de cette jeune femme d'etre out...