Lis mes postulats et mes idées tu comprendras ! PARTIE 1 : Universalisme, politiques minoritaires et emploi du mot "race".

Publié le par Gaby the fish

Voici le premier article sur les idées qui constituent les fondements de ce que je pense. Je les développerai puis mettrai la liste des articles qui traitent chacune de ces questions, entièrement ou partiellement.

 

 

 Contestation de la rhéorique universaliste : 

 


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De quel "universalisme" parle-t-on ?


Je ne parle pas ici d'un universalisme de principe qui consisterait à considérer les gens comme des être humains, se valant tous, indépendamment de leur sexe, genre, race* (voir 1.3), classe sociale, état de santé, orientation sexuelle, apparence physique, lieu de vie, nationalité, âge, pays d'origine, etc , etc, etc. Evidemment que dans nos rapports humains ce serait l'idéal si nous privilégions cette approche. Je conteste ici l'universalisme en tant qu'il est dévoyé. Historiquement, c'est par exemple au nom de l'universalisme républicain que les femmes ont été exclues du droit de vote. Aujourd'hui, c'est encore au nom de l'universalisme que l'on considère que poser des questions spécifiques à des minorités revient à être "communautaristes", comme ils disent en France. Poser les questions relatives aux inégalités sociales c'est être communautariste, soit antirépublicain. Ne pas les poser, c'est être universaliste.

L'universalisme est donc un concept presque toujours dévoyé parce qu'il s'agit de considérer que c'est la prise en compte des questions minoritaires, lesquelles révéleraient des inégalités, qui fabrique les divisions, trouble la cohésion sociale, bref met en danger la Nation. 


Maintenant que l'on sait de quoi on parle ...


Que répondre à la mythologie universaliste ? 


N'y a-t-il pas déjà des quartiers populaires et des quartiers où vivent des personnes plus aisées ? N'y a-t-il pas déjà dans certains de ces quartiers populaires, particulièrement en Ile-de-France, une majorité de personnes qu'on désigne sous le nom de minorités visibles ? N'y a-t-il pas déjà des chiffres montrant que ce sont les femmes qui assument les emplois les plus précaires lorsqu'on pose cette question en terme de statistique de sexe ?

 

Autrement dit, les divisions sociales que font semblant de craindre les universalistes républicains lorsque les questions minoritaires se posent, ne sont-elles pas déjà là, de manière concrète ?


Je conteste donc l'idée selon laquelle parler des inégalités fabrique les divisons. Non, parler des inégalités met en lumière les divisions déjà existantes. Ce n'est pas en soi le fait de parler des groupes minoritaires qui les fragilisent. C'est a) le fait d'en parler pour les stigmatiser et renforcer leur statut minoritaire (ex : "La plupart des traficants sont Noirs et Arabes", sans aucune analyse de mécanismes socio-économiques liés à l'histoire) ou alors b) le refus d'en parler qui les rend toujours plus vulnérables ("La République française ne fait pas de différences entre ces citoyens"). 


Maintenant qu'on a compris que cet universalisme pue, on sait qu'il faut...


 

 

Lutter contre un faux principe égalitaire


 

Instrumentalisation du " Tout le monde doit être traité pareil" :  Après l'universalisme dévoyé, c'est cet autre fléaut qui en découle. Premièrement c'est faux, tout le monde n'est pas traité pareil. Vu l'émoi qu'a suscité la vue de DSK menotté alors qu'on voit ça tout le temps pour des immigrés en France, cela prouve bien que tout le monde n'est pas traité pareil. Deuxièmement, comment dire que "tout le monde doit être traité pareil" à l'arrivéesans voir que tout le monde ne part pas des mêmes positions au départ ?  C'est pratiquer une "justice" dont se moque Anatole France ici :

 

 "la loi, dans un grand souci d’égalité, interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain. (Anatole France, Le Lys Rouche, ch.7, 1894)


C'est très simple : dire que mendier c'est mal pour tous, oublie le fait que tous n'ont pas besoin de mendier et que donc une loi qui est soit disant à l'attention de tous, ne concerne au fond que certains


En gros c'est comme l'universalisme : on retourne un principe noble dans un sens ignoble. On peut se demander pourquoi la mission de certains est de lutter contre la délinquence , de faire payer aux délinquants (= jeunes de ghettos) leurs crimes , fraudes etc, plus qu'ils n'ont de zèle à lutter contre les inégalités sociales qui organisent la délinquence ? Encore une fois pourquoi vouloir être plus juste sur les châtiments que sur les différences sociales qui amènent ou préservent de la délinquence ?  

 

L'idéologie volontariste : Pourquoi continuer à dire qu'il y a des gens qui "veulent réussir", que d'autres sont en bas de l'échelle par manque de "volonté", que "toutes les écoles de la République sont les mêmes et donnent à tous les mêmes chances", quand la plupart des gens sont prêts à déménager pour être sûrs que leurs enfants aillent dans telle ou telle école/collège/lycée etc ? Comment expliquer que ceux qui sont fiers de dire "moi aussi je viens de la banlieue et j'ai réussi parce que je le voulais", ne sont pas restés en banlieue et inscrivent leurs enfants dans des écoles du 8e arrondissement, alors que peu importe le lieu, il ne suffirait que d'en vouloir

 

L'idéologie méritocratique : de cette pensée de la volonté découle l'idée que le fait que certains en veulent explique qu'ils méritent d'être où ils sont. Mouais bon alors toute cette hypocrisie grosse comme une montagne m'amène à dire qu'il faut peut-être penser à mettre en place des politiques qui partent du fait minoritaire et non plus de l'idéal méritocratique à la noix, qui n'est qu'une fiction. En France on parle de "discrimination positive" pour parler de ce qui outre atlantique s'appelle  "Affirmative Action". Il me semble que la traduction révèle elle-même le parti pris idéologique qui se dresse contre des politiques qui veulent faciliter les chemins des minoritaires, en aplanissant les sentiers plus ou moins parsemés d'embûches selon les cas. Cela s'explique par les deux idéologies que je viens de critiquer "tout le monde doit être traité pareil", "il suffit de vouloir réussir", donc pourquoi donner plus d'outils à certains qui ne le mériteraient pas ? Tout simplement parce qu'ils en ont moins au départ, et que cela s'explique socialement, notamment par le fait des héritages familiaux et de la reproduction des élites (et du coup reproduction des défavorisés). Donc les défavorisés méritent des politiques égalitaires qui prennent en compte leur particularisme. 


(Est-il besoin de préciser que les défavorisés en question n'ont pas besoin d'être gentils, souriants, agréables dans le métro ou ailleurs  pour en bénéficier ? mais que c'est leur position sociale qui explique qu'ils méritent ces politiques ?) 

 

Bien pensé, bien cadré, l'Affirmative action m'intéresse. Il s'agit par exemple de facilier l'accès à des grandes écoles à des élèves de classe populaire*. Ce n'est évidemment pas une soution parfaite. D'ailleurs, elle risque bien à bien des égards de reproduire des schémas dominants si les variables minoritaires ne sont pas croisées : toutes les femmes, toutes les minorités visibles comme ils disent ne font pas face aux mêmes problèmes, de même que toutes les personnes de classes populaires selon la couleur etc. Donc pour pouvoir  mener à bien une Affirmative Action, il faut des statistiques croisant beaucoup de variables...


Et du coup, ça nous fait voir qu'il en manque une sacrée importante en France...


 

En finir avec la mythologie Color Blind 

 


 L'aveuglement aux problématiques raciales, soit la color blindness, c'est penser ça : "Dans la société française, la couleur de peau ne compte pas, les gens qui se plaignent de racisme sont parano", "Le racisme c'est aux USA, pas en France". Cela a des conséquences très lourdes sur la manière de penser les rapports sociaux. Cela revient à éluder complètement le fait que ce sont des mécanismes historiques racistes et pas seulement classistes qui expliquent la marginalisation de certains groupes.


Je suis pour les statistiques qu'on appelle ethniques en France. Elles ne sont en soi ni mauvaises ni bonnes. Elles ne seront que ce que les gens en feront. C'est pareil pour les statistiques de sexe, ou n'importe quelle autre variable. Est-ce que des statistiques sur le sexe sont forcément sexistes ? Non, alors pourquoi des statistiques sur les groupes racialisés seront forcément racistes ? Sans les statiques dites ethniques, il manque des outils d'analyse de rapports sociaux. Mon avis s'explique par quelque chose qui dépasse largement la question des statistiques dites ethniques mais qui tient au fait que j'intègre le biais racial dans les analyses sociales : l'emploi du mot "race" qui choque en France est à prendre, sur ce blog en tout cas,  dans un sens sociologique, tout comme "sexe" par exemple. Il ne s'agit pas de croire en la race - à savoir une nature immuable qui définirait des groupes- mais de croire à la production de mécanismes racistes qui s'expliquent par l'histoire. Donc pas de panique, je ne crois pas aux races. Par contre, je crois que se contenter de ne plus dire le mot "race" sans s'attaquer aux effets sociaux qu'il définissait est soit naïf, soit hypocrite.


Si la diabolisation du mot "race" s'accompagnait d'une réelle diabolisation des mécanismes racistes, lesquels reproduisent des groupes racialisés ayant presque toujours les mêmes places socialement, tout comme les classes sociales se reproduisent inlassablement nous disait Bourdieu, j'aurais été évidemment du côté de ceux qui fustigent l'emploi du mot race. Mais il semble bien que la diabolisation du    mot n'est suivi d'aucune réflexion sur le fait que les mécanismes racistes n'ont pas besoin d'un label pour se perpétuer, ni même besoin que des gens pensent que "les Noirs sont des singes". Osons le challenge lancé par Colette Guillaumin et apprenons à "penser le racisme sans les races", à savoir penser le racisme en tant que structure qui évolue selon le temps et qui donc apparait toujours sous des visages différents, et sans pour cela que les gens dans la société continuent à croire aux races.


Pour moi, les statistiques raciales sont, entre autres,  une manière de faire face à la situation. Je veux contester l'alternative que nous imposent les mondes polique et médiatique : parler de race pour dire que "les races existent" (Zemmour et les soit disant rebelles politiquement incorrects de droite et du centre), toujours en ne privilégiant aucune vision socio-historique, mais juste en balançant des inepties, ou alors refuser catégoriquement d'en parler parce que ce serait communautariste (La gauche et ceux qui sont appelés politiquement correct). En gros soit on en parle en France pour dire de la merde, soit on en parle pas. Nous n'avons pas à rester prisonniers de cette alternative. On peut intégrer le biais racial dans des analyses pour voir des inégalités, des mécanismes, bref pour comprendre toutes les facettes de la société. Cela demandera comme pour les statistiques de sexe, un contrôle des méthodes utilisées. Evidemment, il y a toujours un risque, mais encore une fois, pas plus avec la catégorie raciale qu'avec la catégorie "chômeur", "femme" etc. Le mot "race" servira donc ici de label pour dire "production sociale des groupes historiquement liés par des préjugés dits de race qui les assignaient à des rôles spécifiques"Et pour moi, cela entre parfaitement dans le cadre de cette fiction universaliste que je contesterai tout au long du blog.

 



Conclusion 

 

L'universalisme décrit ici est un vrai obstacle pour la lutte contre les inégalités. Je continuerai à parler des rapports sociaux, des catégories dans lesquelles les personnes se trouvent, même lorsque dans leur tête elles ne s'y enferment pas. Pas besoin de s'enfermer mentalement dans une catégorie pour que socialement, de manière concrète, on y soit. Donc ce n'est pas par enfermement que je parle des catégories mais par volonté de comprendre leur fonctionnement et les rhétoriques qui les justifient, tout ça dans le but de pouvoir les ébranler. Ce n'est pas imposer à tout le monde de se définir dans sa tête, de se positionner, de marcher avec une pancarte définissant sa catégorie. C'est accepter que pour penser et surtout changer le social, le collectif, il faut parler de la manière dont il est organisé. Il faut arrêter de caricaturer les politiques minoritaires en suivant le discrédit que les dominants leur accordent de manière puissante, ces derniers jouissant d'un pouvoir médiatique hallucinant.

 

Mais indépendamment de ces personnages médiatiques qui sont contre toutes catégories minoritaires, contre tout questionnement sur les inégalités sociales, car ce serait trop "politiquement correct", il  y a du côté du militantisme des gens qui sont pour une ou deux catégories, à l'exclusion des autres (Ex : Fourest qui ne trouve pas que parler des inégalités de sexe est communautariste, alors que parler d'inégalités de race l'est selon elle. Sa solution : l'Universalisme.). Donc l'Universalisme est une rhétorique qui peut traverser n'importe quel camp : le camp de ceux qui veulent qu'on ne parle absolument pas de groupes minoritaires, et le camp de ceux qui estiment que parler de certains groupes est légitime, mais qu'il n'en est rien pour d'autres. Les ennemis universalistes sont donc nombreux, dispersés et avec des objectifs différents. 


Les intimidations universalistes partant d'intentions que je peux comprendre (personnes minoritaires qui en ont marre d'être catégorisées) ou d'une hypocrisie (les personnes majoritaires qui en ont marre qu'on leur parle de leurs privilèges) ne me feront pas arrêter. Je continuerai donc à parler de catégorie et, toujours en clarifiant ma position, à utiliser le mot race dans cette optique, afin de ne pas m'enlever une grille de lecture, tout comme j'utilise sexe ou classe. Je comprends la haine des catégories, mais on ne peut pas vivre dans le déni de leur réalité sociale matérielle. 

 

Soyons donc universalistes dans nos interactions avec autrui. Mais pour penser le collectif, comprendre les rapports sociaux et voir que ce n'est pas le Hasard/Dieu/la Nature/la Volonté qui explique pourquoi certains sont marginalisés et d'autres pas,  ne nous enlevons pas des outils (comme les statistiques), et ne nous empêchons pas de nommer un mécanisme, en diabolisant un mot

 

 

Car  quel est l'objectif ?


Alléger son vocabulaire ou modifier des rapports sociaux ?

 

 


 

Liens où je traite cet ensemble de questions, intégralement ou en partie, du plus récent au plus ancien : 


-  "Ayatollah de l'intérieur", unissez-vous ! (en partie) 

Après l'actualité, le type de personnes qui me donnent des envies de meurtre - PARTIE 2 (en partie) 

Attaque très violente contre une femme trans dans un Mac Donald de Baltimore : "Race" VS "Gender" une fois de plus ?  (en partie) 



*(je ne commencerai pas ici le débat sur faut-il lutter dans le sens de l'abolition privilèges ou permettre à beaucoup de ceux qui en étaient exclus d'en avoir, car je ne sais pas)

 

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whatfor? 11/06/2011 21:12


quelle clarté !