Féminisme Noir et analyse sur l'articulation entre racisme, sexisme et classisme dans le traitement du viol dans les pays capitalistes.

Publié le par Nègre Inverti

 

Extraits de Femme, Race, Classe, d'Angela Davis. Vus sur le site du Bougnolosophe et sur ce blog politique.

 

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"Aux Etats unis et dans d’autres pays capitalistes, les lois sur le viol ont généralement été conçues pour protéger les hommes des classes dirigeantes dont la femme ou la fille se ferait agresser. Ce qui arrivait aux femmes de la classe ouvrière ne préoccupait guère les tribunaux. En conséquence, coupable ou innocent, peu de blancs ont été poursuivis pour violence sexuelle. Par contre, les Noirs, coupables ou innocents, ont été aveuglement poursuivis. Ainsi, parmi les 455 hommes exécutés pour viol entre 1930 et 1967, 405 étaient noirs.


Dans l’histoire des Etats-Unis, la fausse inculpation du viol est l’un des plus énormes subterfuges que le racisme ait inventé. On a systématiquement brandi le mythe du violeur noir chaque fois qu’il a fallu justifier une nouvelle vague de violence et de terrorisme contre la communauté noire. L’absence remarquée des femmes noires dans les rangs du mouvement contre le viol peut s’expliquer par son indifférence à l’accusation de viol comme alibi raciste. Trop d’innocents ont été sacrifiés dans les chambres à gaz et ont croupi dans les prisons pour que les femmes noires se joignent à celles qui cherchent souvent assistance auprès des policiers et des juges […]

Au début du mouvement contre le viol, peu de théoriciennes féministes ont sérieusement analysée le viol des femmes noires du point vue social. On vient seulement d’ établir un lien historique entre les agressions subies par les femmes noires – violé systématiquement par les Blancs - et les violences dirigées contre les hommes noirs - blessées et assassinés par des émeutiers racistes après une fausse inculpation de viol. Chaque fois qu’elles ont dénoncé le viol, les femmes noires ont montré que l’inculpation de viol servait d’alibi à la violence raciste. Un écrivain perspicace affirme : « le mythe du Noir violeur de femme blanche est parallèle à celui de la mauvaise femme noire. Tous deux servent à justifier et à faciliter l’exploitation des Noirs, hommes et femmes. Les femmes noires qui ont pris conscience de ce phénomène se sont trouvé très tôt aux premiers rangs de la lutte contre le lynchage. » […]

Ce n'est pas parce qu'elles ne s'étaient pas jointes massivement au mouvement que les femmes noires s'opposaient aux mesures prises contre le viol. Avant la fin du XIXe siècle, les pionnières noires des clubs organisèrent une des premières manifestations publiques contre les agressions sexuelles. Une tradition de quatre-vingt ans de luttes contre le viol avait montré l'étendue et la gravité de la menace qui pèse sur les femmes noires. Historiquement, le Blancs, surtout les détenteurs du pouvoir économique, ont toujours prétendu avoir un droit incontestable sur le corps des femmes."

Publié dans Lectures

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