Discours sur la volonté et rapports de pouvoir

Publié le par Nègre Inverti

 

 

 

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S'il y a bien un truc qui m'agace profondément c'est l'utilisation du concept de volonté. Non pas la volonté comme source d'encouragement, d'empowerment. Pas non plus la volonté comme un outils supplémentaire pour la réalisation de soi. Mais le discours sur la volonté individuelle comme élément déterminant, voire même comme seul élément, cause unique des réussites et échecs, des bonheurs et malheurs. 

Je vais  distinguer deux manières d'approcher ce sujet : le structurel, le relationnel. Ceci n'est pas étranger au fait que je suis convaincu par les féministes matérialistes (Delphy, Guillaumin, Claude-Matthieu etc) qui distinguent les rapports sociaux (structure de la société : institutions, politiques publiques, fonctionnement du marché de l'emploi etc) des relations sociales (relations interpersonnelles que l'on entretient avec les gens). Distinguer ne veut pas dire que ça n'entretient aucun lien, bien évidemment.

 

Aspect structurel : réussites VS échecs 

J'en parlais déjà , mais je peux résumer : en gros c'est tout le blabla méritocratique qui t'explique que socialement, on a ce qu'on mérite, parce qu'on l'a bien voulu. Il faut comprendre par là qu'il y a ceux qui réussissent professionellement (les travailleurs, les volontaires) et les fainéants (ceux qui glandent, qui manquent de volonté). Ce qui sous-tend ces ridicules assertions, savamment entretenues par les élites, c'est que nous sommes tous logés à la même enseigne. Nous partons tous avec les mêmes cartes en main, les rapports sociaux n'existant pas. 

 

Aspect relationnel : bonheur VS malheur 

Petit détour par Audre Lorde et le texte : Uses of the erotic, the erotic as a power (1978)

Bon, là je vais aborder l'aspect que j'ai jusque-là le plus négligé sur ce blog comme en général, à propos des discours sur la volonté. Je vais insister sur ce que ça fait de se prendre dans la gueule le discours volontariste pour ce qui est des sentiments, et émotions en tout genre. Et je me concentrerai sur les cas où on le vit mal, car il me semble qu'ont ne parle pas souvent des effets négatifs de ces discours. 

Une très bonne pote avait fait une série de trois articles, courts, très intelligents et très clairs, dans lesquels elle semblait troublée par le texte d'Audre Lorde, féministe noire que j'adore,  qui encourageait à mettre de l'érotisme dans tous les aspects de sa vie. Je n'ai toujours pas compris comment traduire "érotisme" au sens employé par Audre Lorde, mais en dehors de ce mot précis, ce qui était clair c'est qu'Audre Lorde encourageait/enjoignait - selon que tu le vives bien ou mal - les femmes à prendre leur rapport au travail, leurs sentiments face au travail, comme une responsabilité personnelle. On voit qu'on peut prendre ça d'une manière qui peut aider à appréhender de manière plus agréable des actions (le travail) et des sentiments (le découragement, la frustration). C'est en ce sens que l'on peut parler d'encouragements. D'invitations à ne pas se laisser à abattre. 

Ce qui est fascinant c'est qu'à l'époque de l'écriture de ces trois articles, je ne comprenais pas vraiment ce qui gênait dans le texte, du point de vue de mon amie. J'avais lu des textes d'Audre Lorde que j'avais trouvé hyper forts, riches, et remplis d'encouragements. Je lui disais que pour moi ce type de textes pouvait avoir un impact positif car il me secouait et me donnait la force d'affronter certaines choses. Il s'agit de discours qui conviennent à certaines personnes et pas à d'autres.Tout le temps, ou selon les moments et les choses vécues. C'est évident, mais ce qui importe c'est de voir en quoi ça correspond à certaines et pas d'autres. 

J'ai lu Audre Lorde quand j'étais assoifé (assoifée à l'époque - oui si tu débarques ici je change de sexe, de F à M) de Black feminism, et je ne trouvais presque personne avec qui partager cela. Et puis avant même de partager quoique ce soit, je cherchais à m'instruire, m'enrichir sur le sujet. Et à l'époque, je n'ai pas du tout vu ce que je vois aujourd'hui dans le fameux texte. J'y avais vu un discours protecteur, de la grande soeur (Audre Lorde) à la petite soeur (moi). C'est pourquoi les injonctions m'apparaissaient comme des encouragements. La métaphore de la famille est utile, car la famille par définition légitime le paternalisme et les injonctions. Elles ne seraient que bienveillance. Mais il n'y a pas que ça : je pourrais parler du fait qu'ayant été élevé à l'église évangélique, j'ai été bibonneré par une autre variante du discours sur la volonté. Il y a aussi les relations de toutes sortes dans lesquelles j'étais à l'époque où je n'étais pas dominé, manipulé. Bref, je ne me sentais pas subir une relation de pouvoir. Mais ce serait hyper long à expliquer donc on se contentera juste de dire que mon point de vue, s'expliquant également par le fait que l'idéologie volontariste ne m'avait pas épargné, a évolué. Le texte me pose problème, à la lumière de mes changements et des idées de ma pote, car : 

 

il est une critique de la compromission  : "Je veux mais j'y arrive pas. Alors, j'accepte des situations qui ne sont pas top, mais qui ne me demandent pas de lutter contre moi"

 

Pour certaines personnes, ce n'est pas si grave. Je les comprends d'autant plus que j'en fus. Un texte comme ça leur donnera un super coup de pied au cul, qui constituera une émulation merveilleuse. Tant mieux. Mais cela peut poser des problèmes, parce que voici toutes les idées qui sous-tendent ce rejet de la compromission, toutes le fruit de l'idéologie première sur la volonté : 


- la responsabilité : "own your own feelings", j'ai connu ce concept par quelqu'un qui m'est cher. Je pense qu'au début, je l'ai très bien accueilli car en soi, être responsable de ses sentiments, c'est quand même la base ! On ne peut décemment pas faire porter aux autres la responsabilité de ce qui nous arrive, de ce qu'on ressent, bref de ce qu'on est. Le problème c'est la responsabilité prise dans cette nébuleuse volontariste et individualiste de merde. On passe d'une posture réelle de victimisation de soi et de culpabilisation totale de l'autre du genre "c'est parce que tu m'as quitté que je suis allé écraser la voiture de mon voisin tellement j'étais en peine", à une posture réelle de culpabilisation de soi et de déresponsabilisation de l'autre en mode "oui c'est vrai qu'elle m'avait dit qu'elle emménagerait avec moi et que j'étais l'amour de sa vie, mais bon si tout à coup elle disparait et part s'installer en Chine avec son ex, ça n'a rien à voir avec elle si ça me rend malheureuse, c'est le résultat de mes propres aspirations à vivre avec elle qui sont déçues". Are you serious ? lol Dans les deux cas c'est du n'importe quoi, come on.

 

Dans le premier cas on rend quelqu'un responsable de ses propres actions, dans l'autre cas, on se rend responsable des actions de l'autre. Il y a de quoi être choqué/blessé/traumatisé lors de changements amicaux, familiaux, amoureux brutaux. Pour moi, le discours volontariste du "own your own feelings", s'il permet avec raison de quitter la posture qui accable les autres, il fait croire que les sentiments que tu ressens s'expliquent uniquement par toi. Alors qu'on pourrait penser, entre autres, que les sentiments ressentis sont les fruits d'une interaction entre ce qui nous a construit (ce qu'on a vécu et qui explique qui on est),  ce que des gens représentent à nos yeux (si on déteste ou on aime par exemple) et ce que font réellement les personnes (si elles disent qu'on est qu'une merde qui doit dégager de leur  vie ou qu'on représente énormément, qu'elles nous aiment etc/ et pareil pour nous à leur égard), etc. Bref pour moi le own your own feelings, c'est penser que ce que tu ressens n'est que le résultat de tes projections.

 

Résultat, ce que font réellement les gens ne compte plus. Personne n'agirait sur ce que tu peux ressentir. On peut te dire/faire n'importe quoi, si tu es triste, malheureux, en colère, tu es renvoyé à tes propres sentiments. Are you serious peolple ? En fait, on déconnecte les sentiments humains de leur aspect relationnel. Que je sache je ne suis jamais irrité ou malheureux en rapport à un arbre par exemple. Mais toujours en rapport à un ou des humains. J'ai bien dit "en rapport à " et pas "à cause de". Je ne suis pas dans un schéma de culpabilité. La vraie question, ma responsabilité envers mes sentiments est de faire le tri entre mes propres mouvements de panique (mes propres délires et projections sur le fait que les gens penseraient que ceci cela, alors que cela ne se fonde sur rien, si ce n'est mes propres peurs, insécurités), et les vraies questions (les saloperies, déceptions, trahisons, que les gens peuvent te faire). Une fois ce tri fait, avec le plus d'honnêté possible,  on peut penser que les vraies questions peuvent être abordées avec les autres, si ceux-ci estiment qu'ils sont partie prenante... Et je pense qu'au final c'est ce qui me dégoûte un peu avec cette histoire de own your own feelings, ça légitime qu'on se déresponsabilise complètement des relations qu'on a avec les autres en les renvoyant à ce qui ne serait que leurs projections, lorsqu'elles ne jouent un rôle qu'en partie.

 

Critiquer le fait de ne renvoyer une personne qu'à ses projections n'a pas pour but de dire qu'il faut culpabiliser les autres. Je pense qu'on ne s'en sort pas si on reste dans une histoire de coupable, pas coupable. C'est pour ça que je parle de responsabilité, pas de culpabilité. Je me situe du côté de la personne qui croit sincèrement que sa tristesse nait uniquement de ses projections et qu'elle est censée la gérer toute seule si elle "veut" vraiment aller mieux. Et, pour moi, la critique que je fais ici a pour but, sans chercher à accabler l'autre, de se défaire de l'idée que c'est mal/honteux de souffrir, de se défaire de la culpabilité qui veut que la personne aurait "créé toute seule son malheur". Et puis c'est une manière d'envisager que, sans cette culpabilité sur la gestion entière de ce qui n'est qu'une partie du problème (nos projections), on peut aborder les vraies questions de manière appaisée avec les autres. Encore une fois, si ceux-ci veulent/peuvent être réceptifs...Sur le truc d'Audre Lorde, le own your own feelings revient pour moi à dire, toujours avec en toile de fond la volonté, que les femmes devraient se rendre compte que leurs frustrations au travail sont le fruit de leur propre rapport au travail, donc elles doivent assumer que ce sentiment provient d'elles. Comme s'il n'y avait pas matériellement des raisons de détester son taff lol 


La maîtrise de ces sentiments : il s'agit toujours du own your own feelings. Si tu es soit disant entièrement responsable de ton rapport aux choses, c'est parce que tu peux, parait-il, le gérer. Là encore, entièrement, à 100 %, toi tout seul. C'est l'individualisme volontariste de base : "si je veux je peux". Alors évidemment, on peut m'accuser de tirer les gens vers le bas en étant contre ça, "tu veux pas que les gens fassent des efforts et travaillent sur eux". Pfff franchement, que personne ne me dise ça, moi en pépertuel travail sur moi pour comprendre ceci ou cela, quand j'ai dis ça, à celui-ci ou celle-là. Et, surtout en voyant en quoi c'est de mon fait...soyons clairs, je l'ai dit pour la partie structurelle, la volonté s'exprime. Je ne crois pas les individus sans pouvoir, mais il y a une structure qui parfois pose les limites de notre gestion de ce pouvoir. Dans le cadre relationnel c'est pareil. Il y a des édifices en nous, construits sûrement, mais pas moins solides pour autant, et peut-être ancrés depuis longtemps, qui font qu'il est hyper difficle de gérer tels ou tels sentiments. Ce qui signifie que même si tu en es responsable, ainsi que des actes qui en découlent évidemment, ton rapport à l'autre ne peut pas être appréhendé sous l'angle de la gestion parfaite de ces sentiments, autrement, il me semble qu'on attend de toi la perfection. Pour plein de raisons, des gens peuvent supporter des trucs que d'autres ne supportent pas. Mais je pense que la gestion de ces choses passent vraiment par un aspect relationnel : ça se travaille, on communique. Ma meilleure pote d'aujourd'hui et moi avions une relation bancale au début et j'ai vraiment l'impression que vu qu'on s'appréciait par rapport à un je ne sais quoi qui était là quand on se parlait, ça a été consciemment travaillé et maintenant c'est la personne à qui je parle au moins 4 heures par jour tout en n'habitant pas dans la même ville qu'elle. C'est évidemment pas fait pour tout le monde (se parler autant), mais je veux dire qu'on a surmonté (= gérer ensemble) nos difficultés initiales, et celles qui sont apparues plus on apprenait à se connaitre. Et ça suppose qu'on a tout-e-s les deux travailler sur nous-mêmes au fond, puisque je lui posais problème sur certains trucs et inversement. Des trucs d'importance.

 

Bref, tout ça pour dire que je ne rejette pas la volonté et le travail sur soi. Mais, la question est celle-là : de quelle volonté parle-t-on ? Un truc adapté aux personnes en face de nous ou une connerie individualiste pré fabriquée par les bobos écrivant des trucs qui universalisent les rapports humains à partir d'eux-mêmes ? Je trouve ça tellement irritant car par extansion, tu vas te retrouver en face de gens qui t'expliquent qu'on est malheureux par manque de volonté..."si tu faisais vraiment des efforts,  tu te sentirais bien, peu importe les déceptions, chagrins etc". Mais vraiment énorme fuck quoi...parce que du coup, si t'es malheureux, triste et que tu essaies de t'en sortir, mais que t'es toujours mal, bah tu crois que t'es une merde, t'es trop nul, résultat...c'est hyper culpabilisant. Et est-ce que ça fait avancer...je ne crois pas...D'autant que ce qui pose problème, par exemple dans le texte de Lorde c'est la négation, ou l'euphémisation des conditions extérieures qui expliquent les sentiments et émotions. Comme le pointait du doigt ma pote, Audre Lorde que j'adore, écrivaine et bibliothécaire, enjoignait à arrêter de se lamenter et à érotiser le travail. Si son taff consistait à nettoyer des chiottes, pourrait-elle parler ainsi ? Par ailleurs on voit comment le structurel (le taff que tu as : écrivaine,bibliothécaire/ femme de ménage) peut agir sur un aspect relationnel (tes rapports aux gens, aux choses que tu fais). J'essairai d'écrire au prochain article un truc sur ce que moi, je verrai à partir de mon expérience comme manière d'aider/encourager, surtout soi-même, avec ou sans la question de la volonté. Je parlerai de moi, donc c'est limité. Mais c'est merveilleux, j'en suis au moins conscient. 

 

Conclusion 

Pour moi cette question, sur l'aspect structurel comme relationnel, est une question de pouvoir. De la même façon que le discours sur la volonté est agité par les dominants pour justifier des inégalités structurelles, ce discours est utilisé dans des relations de pouvoir interpersonnelles. Wait, je n'ai pas dit "dès que tu parles de volonté à tes potes/amant-e-s, t'es un connard de dominant". Je parle du discours sur la volonté comme critique de la compromission, soit la volonté qui est censée être l'élément déterminant, l'élément qui explique à lui seul que tu ailles mal ou bien. La volonté qui étant soit disant absente de toi, expliquerait que tes projections fassent à elles seules ton malheur. Le résultat est la culpabilisation, le mépris de soi-même. La stagnation. Je pense que ce sont les personnes qui pour des raisons sociales (sexe, classe etc) dans une relation sont un peu/beaucoup "dominantes" qui peuvent utiliser ce langage-là. Sur la question du sexe, c'est courant d'entendre des mecs cisgenres (mecs non trans) expliquer que ce sont les meufs qui se sont mis des trucs dans la tête alors que parfois ils ont des comportements contradictoires, changeant etc. Alors évidemment, la socialisation féminine t'apprend à te monter la tête et à te projeter dans des rêves ciblés, mais les mecs jouent souvent le jeu de te faire miroiter ces choses pour après te renvoyer à tes sentiments et à tes projections qui expliqueraient soit disant à elles seules que tu te sentes mal. Selon le type de rapports de pouvoir en jeu, la rhétorique (ici la "sensibilité" pour les filles) change. 

 

Je pense que j'ai de plus en plus de problèmes avec les bouquins, les textes qui disent "comment faire" avec les gens. Pas pour le "comment faire", mais parce qu'ils ont tendance à universaliser les comportements humains, et à t'expliquer pourquoi au fond du fond, t'es malheureux, triste, jaloux etc. Souvent, il y a une posture très élitiste. Je ne sais pas comment expliquer, j'ai ressenti pareil quand je me suis intéressé au bouddhisme, mais je saurais pas développer pour l'instant. Je suis alors assez embêté : soit tu as des discours complètement ridicules qui t'enchainent aux autres ("tu as besoin des autres, c'est normaaaaal de vouloir posséder quelqu'un sans son consentement, normal de trouver ça horrible que les autres soient libres d'être autre chose que ce que tes projections font d'eux"...), soit d'autres discours complètement ridicules aussi parce qu'ils diabolisent tout désir de renforcer des liens selon certains schémas ("la possessivité, la jalousie, c'est mal", alors que ce sont des trucs que les gens peuvent ne pas souhaiter unilatéralement mais rendre en retour [genre je veux te posséder mais je m'offre aussi complètement à toi - chacun son truc quoi ] donc ça peut être des sentiments intéressants selon la façon dont ils circulent entre les gens), ou encore d'autres discours disant que tu as une maitrise parfaite de tes émotions et qui nient la dimension relationnelle du bien-être ou du malheur ("tu as le choix de gérer ou pas tes sentiments, à toi de gérer ceci cela seul, si tu le veux tu pourras",  alors que je vois comment ma meilleure pote par exemple est une des raisons de mes "progrès" intérieurs, ça ne s'est pas fait seul, même si en aucun cas ça ne doit passer et peser sur elle, et que sur elle, ou quiconque d'ailleurs). 


Bref, dans le premier cas je critique les discours normés de base, dans les deuxième et troisième cas, la mouvance pseudo subversive, souvent bien élitiste, qui entend soit disant redéfinir les rapports humains sur des bases de déconstruction, mais qui souvent sert juste à exonérer les gens de pas toujours être très sympas...Peut-on envisager un truc non-normé version hégémonique qui ne soit pas la célébration d'une déresponsabilisation des sentiments qu'on a avec les gens ? Purée j'espère, sinon je deviens misanthrope lol 

 

Je pense de plus en plus aux affects comme quelque chose de politique. Je sais que j'avais lu ça quelque part, mais à l'époque je captais pas vraiment. Je crois que c'était une lecture queer, mais pas la vague queer paillette en mode j'ai tout déconstruis bla bla bla donc j'ai pas besoin de dire bonjour/aurevoir/merci et d'avoir les gens en considération car c'est trop normés. Non une auteure sur le queer, appaisée, je crois que c'est Eve Kosfoky mais j'ai la flemme d'aller chercher, je sais plus du tout où j'ai vu ça. Enfin bref il me semble que les chercheurs US américains en sciences humaines ne méprisent pas la questions des sentiments, émotions, affects pour appréhender le social. J'ai aussi réfléchi aux  situations où j'ai pu être dans la posture où je donnais ce qui s'apparente maintenant à mes yeux comme un cours magistral sur la gestion des sentiments, au lieu de juste valider in the name of love, friendship, le sentiment que l'autre ressentais, et de me demander en quoi je pouvais contribuer à un mieux-être sur le sujet. Je suis curieux de voir ce que j'écrierai là dessus par exemple dans six mois, ou tout simplement quand je  me sentirai plus joyeux (donc j'espère avant six mois, sinon fuck ! lol).

 

Bref, ce matin je chattais sur ces questions (gérer ses émotions, est-on triste par manque de volonté, etc) avec une personne que j'aime beaucoup, rencontrée il y a peu et qui m'a juste dit ça [j'ai son accord pour la citer lol] : 


"je pense que c'est un gros déni de réalité que de penser ça [la tristesse] en terme de choix, doublé d'une mystique libéral de l'individu individualiste maître de lui même et de ses émotions, la figure affligeante du "winner" qui doit passer à autre chose dès que le réel ou les autres lui résistent!!"


Je n'ai cité que ça évidemment, mais il y avait plein de trucs riches dans la convers. J'ai eu la sensation qu'un poids est sorti. Parce que je suis du genre à lutter souvent contre moi parce que normalement, "si je voulais, j'irais mieux". Parce que ce serait "moi seul qui aurait créé ma tristesse". Et la lecture récente de certains bouquins t'expliquant comment vivre certains trucs a été plus que néfaste. Mais ce matin, je me suis senti reconnu dans l'expression d'un sentiment et ça m'a fait du bien. Je commence à accepter que j'ai des raisons objectives d'être triste (= ce n'est pas que dans ma tête, things happened)tout en faisant un tri, le plus honnête possible, sur ce qui relève de ma paranoïa (=ce qui est vraiment dans ma tête, things that didn't even exist).  Mon autre problème du moment, que je cite car il relève encore de l'idée de gestion, et il semble que je n'entrevoie aucune solution, c'est que je n'arrive pas à vivre la nuance entre "ne pas avoir d'attentes", et "m'en foutre", même si mon esprit la comprend. Là c'est mon job à moi et à personne d'autres (responsabilité assumée), mais j'ai beau essayer, ça ne marche pas (gestion visiblement limitée. Pour l'instant) 

 

 

                       

                       

                              

 
(I hope Bob wasn't lying...) 
 

 

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