Changement de sexe, ma perception, mon vécu- Partie 2

Publié le par Nègre Inverti

 

Voir l'introduction ici.

 

Petite approche sur les transidentités avec mon regard


Quelques définitions
 

D'après ce que j'ai compris, en discutant avec des militantes et militants, je vais définir quelques termes qui renvoient aux identités trans. Il ne s'agit donc peut-être pas de définitions qui font l'unanimité. Je peux aussi tout simplement mal les expliquer. Quoiqu'il en soit, ici je vais présenter les choses comme je les entends, en ne reniant pas que cela puisse être contesté

 

Transexualisme:  

ce mot a une histoire qui renvoie à la pathologie, donc les gens qui militent en ont horreur. Je crois bien qu'il s'agit d'un terme utilisé par les psychiatres pour nommer ce qu'ils voient comme "la maladie" de leur patientes et patients trans. Il contient donc beaucoup de connotations qui font les personnes trans passer pour malades, fous et folles. 
 

 

Transexualité :  

 ce mot entretient une confusion avec une identité sexuelle à mettre sur le même plan qu'homosexualité, hétérosexualité, bisexualité etc. Mais il ne s'agit pas de sexualité (= avec qui on veut baiser, homme et/ou femme), mais de sexe et de genre (= ce que l'on se sent être, homme, femme [et autre, j'y reviens après]). Aussi, il me semble qu'il y a derrière ce terme les mêmes présupposés pathologisants que dans le terme "transexualisme".

 
Transidentité :  

ce mot me semble-t-il n'a pas d'origine médicale. Ce ne sont pas les psychiatres qui l'ont porté, mais plutôt les personnes trans elles-mêmes. En tout cas pour les trans qui militent. Il s'agit donc d'un mot qui est porté par les personnes concernées, et il est débarrassé de toutes les connotations faisant passer les trans pour des malades. Aussi, le mot fait comprendre qu'il ne s'agit pas de qui l'on désire (= sa sexualité), mais de qui l'on est (= identité de sexe et/ou de genre).

 

Trans' : 

les personnes qui vivent des transidentités. Parmi les personnes trans' il y a les MTF :  Male to Female, donc d'homme à femme. Les FTM : Female to Male, donc de femme à homme. Et, les MTX / FTX : Male to X, Female to X, soit d'homme à X de femme à X. 

 

 

Moi dans tout cela : 

Moi dans tout cela : 

J'expliquais dans un article précédent que je tenais déjà pour acquis qu'indépendamment des dispositions biologiques qui à la naissance nous rendent mâles, femelles, ou les deux pour les personnes intersexes, il y a des constructions sociales, dès le plus jeune âge qui nous fourrent dans le crâne que les garçons aiment le bleu, les camions etc, et que les filles aiment le rose et les Barbies.

Nous sommes toutes et tous endoctrinéEs avec ça dès la naissance : il faut être un VRAI homme, une VRAIE femme. Le fait que les gens trouvent que certaines personnes ne soient pas de "vrais" hommes ou de "vraies" femmes prouvent que ce ne sont pas des choses si naturelles et qu'elles répondent à des injonctions sociales, du style être un "vrai" mec = être viril.

Cela fonctionne bien pour la plupart des gens. Sauf que certaines personnes ne se sentent pas appartenir à une case "homme" ou à une case "femme".

Inversement, des personnes qu'elles soient trans ou pas, se sentent hommes ou femmes. Je pense que ce doit être la majorité des gens. Mais on peut nuancer en disant que selon les personnes les sens des mots "homme" et "femme" peuvent être très différents.

Pour schématiser moi je dirais ceci pour moi :

1- je me situe dans un parcours où je sens que je suis devenu trans, et non pas que je l'ai toujours été.

Je n'ai pas ressenti que j'avais une "âme" d'homme dans un "corps de femme". Certaines personnes le vivent ainsi, mais pas moi. Il y a vraiment plein de parcours, et selon moi, ils sont tous légitimes. Il n'y a pas à hiérarchiser les parcours trans. Après - j'en parlerais dans un prochain article, mais pas tout de suite - je pense que les nécessités de chaque parcours amènent des problématiques différentes

(exemple : certainEs trans veulent ou pas des hormones, veulent ou pas des changements de sexe sur leur état-civil, et selon qu'ils/elles veulent ou pas ces choses, les priorités sont différentes. Je pense juste que malgré ce qu'on pense, toutes ces logiques ne sont pas forcément concurrentes et mieux, elles sont, me semble-t-il, très complémentaires. Bon, j'y reviendrai une autre fois). 

2-  je me situe dans un parcours où j'ai eu envie de sortir des sexes établis (= ne plus être femme, sans devenir un homme), et pas dans un parcours où je voulais sortir d'un sexe pour aller vers un autre (passer de femme à homme). Ou alors, je deviens homme, mais d'une certaine façon, sans m'empêcher ou me forcer à être masculin selon le canon de masculinité traditionnel. 

Voili voilou, moi mon grand truc dans la vie, c'est  ça :  je veux quitter cette injonction à se dire homme ou femme d'une certaine manière, sans qu'on puisse le vivre à sa façon. C'est évidemment très compliqué à être matérialisé dans la vie de tous les jours, mais je n'en peux plus de me conformer à des choses qui deviennent de plus en plus invivables. J'en parlerai dans la dernière partie de cette série d'articles commencées ici sur mon regard sur le changement de sexe, avec évidemment mon expérience comme objet principal.

 

Publié dans Mon changement de sexe

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Gabriell 02/01/2011 14:34


@ bliniz : je n'ai pas été très clair c'est vrai... en fait je veux dire que je ne me suis pas toujours senti trans, et encore moins "toujours senti garçon"...je pe nse qu'il y a mettons trois ans,
je n'étais pas du tout conscient des problématiques trans. Il y a un an, je les connaissais mais de très loin, avec même une transphobie intériosée, mais d'autant plus forte que la transition
m'intéressait et que j'en avais très peur. Donc voilà c'est quelque chose qui est "venu" qui n'était pas, puis qui s'est construit...

@ Aline : Salut à toi et je suis content de ton passage par ici ! oui c'est vrai que sur de nombreux forums trans je ne me sens pas à me place. Pour à peu près les mêmes raisons que celles
auxquelles je pense que tu fais référence...mais en dehors de ces milieux oppressants, ces personnes sont oppressées par des queers qui leur en veulent d'être "binaires". Donc on s'en sort
jamais...moi je suis bien vu par les queer car je satisfait leur envie de subversité, et mal vu par une frange trans qui me prend pour une "fille cisgenre qui veut cela jouer trans"... Donc voilà
chaque camp choisit ses souffres-douleurs, c'est dommage, je compte en parler prochainement dans un article car c'est vraiment dur (et très dommage...)
En tout cas merci beaucoup de ton soutien, je te souhaite beaucoup de courage et de force pour ta transition si c'est comme ça que tu l'appelles, ou tout simplement pour ton parcours MTX !


Aline 02/01/2011 09:28


Après avoir parcouru de nombreux sites, force a été de constater que beaucoup de "transitionnistes" se sont enfermés dans un cocon psychorigide. Le refus du 3ème sexe apparaît souvent. Racisme et
sexisme se ressemblent..
Je suis entièrement d'accord avec toi sur l'essentiel et respecte à 100% (voire à 200% : je suis blanc et me lance dans le MtX).


bliniz 31/12/2010 23:07


on en parlera peut-être face àface, mais puisque je suis là, tu entends quoi par je suis "devenu" trans ?