Attaque très violente contre une femme trans dans un Mac Donald de Baltimore : "Race" VS "Gender" une fois de plus ?

Publié le par Gabriell ni mâle ni femelle

 

 

 

Enième rappel :

 

- une femme trans = une trans qui a changé de sexe dans le sens Male to Female, donc d'homme vers femme. On l'appelle MTF. Il s'agit d'une personne dont on doit parler au féminin.   

- un homme trans = un trans qui a changé de sexe dans le sens Female to Male, donc de femme vers homme. On l'appelle FTM. Il s'agit d'une personne dont on doit parler  au masculin

 

 

Les faits : 


Samedi 23 avril 2011, une femme trans (c'est donc une ??......MTF ! Bravo y'en a qui suivent! ) est agressée très violemment dans un restaurant Mac Donald de Baltimore aux Etats-Unis. La jeune femme, Chrissy, âgée de 22 ans, se rend aux toilettes et évidemment il s'agit des toilettes pour femmes. Selon les dires de Chrissy, deux jeunes filles s'en prennent violemment à elle pour deux raisons : 


1) Chrissy aurait trop mâté le copain de truc-machine (j'ai oublié le nom et n'ai pas eu envie de le rechercher)

 

Puis truc-machine, donc la petite amie outragée, a tout d'un coup l'impression que....


2) " Oh my god it's not a woman, it's a man !"

 

Donc au fond elle ne se "rend compte" de rien, car elle ne comprend pas qu'il s'agit d'une femme trans,  et non pas d'un homme. Mais bref, plaçons-nous dans le cerveau de cette personne : une femme ose mâter son homme, SON homme. De plus, cette femme n'est même pas une "vraie" femme, donc si ce n'est pas une vraie femme c'est forcément un homme, et si c'est un homme qui mâte un homme, c'est donc un.............. pédé remixé à la sauce travelo ?! BEUUUUURK !

Une bagarre a alors éclaté, les deux jeunes filles estimant que ce qu'elles considéraient être un "homme", un "travesti" n'avait rien à faire dans ces toilettes pour femmes. Enfin...peut-être pouvons nous parler de bagarre dans les toilettes, mais la vidéo  de l'agression révèle qu'une fois traînée hors des toilettes, Chrissy a tout simplement était battue au sol avec un acharnement qui laisse sans voix. (Oui oui, un connard filmait...) 

Comment est-ce possible me direz vous ? Il n'y avait donc personne dans ce "restaurant" ? 

Oui il y avait du monde. Pas beaucoup de clients sans doute, mais il y avait bien des employés, des managers, bref du personnel de Mac Donald. Qu'ont-ils fait ? L'un deux est l'auteur de la vidéo. Les autres riaient. Le manager (ou vigile, je n'ai pas bien compris qui il était) restait autour des jeunes filles assaillant Chrissy. 

Bref, le combat inégal continue, dans les rires et l'engouement d'autrui, jusqu'à ce que les deux jeunes filles s'en aillent, laissant Chrissy au sol. Et puis non, comme c'était trop bon, on les voit qui reviennent s'acharner sur la pauvre jeune femme qui s'était redressée et assise sur le sol. On voit ce même manager/vigile qui revient et demande aux jeunes filles, avec une nonchalance affligeante, de laisser Chrissy tranquille. Rien n'y fait. Puis, ça empire, elles commencent à trainer Chrissy vers l'extérieur, et c'est là qu'une femme âgée a tenté d'intervenir, ne pouvant plus supporter ce triste spectacle et sûrement consciente du fait qu'une fois à l'extérieur Chrissy pouvait risquer sa vie. Dommage pour cette dame à qui l'ont demanda de se mêler de ses affaires et qui reçu dit-elle une claque au visage. Mais cette dame ne se décourage pas, elle empêche aux jeunes femmes de traîner cette pauvre Chrissy à l'extérieur et c'est là qu'on entend un des employés dire " She's having a seizure, yo ! She's having  a seizure ! Police on their way, y'all better get out of here ?" = " Elle fait une crise d'épilepsie, elle fait une crise d'épilepsie ! la police arrive vous ferez mieux d'y aller"...............................C'est aussi à ce moment qu'on entend le manager/vigile dire "She needs help she needs help!"................................ C'est seulement quand Chrissy a fait une crise d'épilepsie que venir à son secours a semblé nécessaire.  Et, l'employer dont j'ai cité les paroles en premier conseille même aux agresseuses de s'en aller, afin de ne pas se retrouver nez à nez avec la police. 

 

 

Aberrant, affligeant, cauchemardesque.

 


 

Après l'agression, les récupérations : 

 

Qui fait quoi sur qui  ? 


Pourquoi ais-je regardé cette horrible vidéo ? Pour une raison très simple : dans mon milieu militant, l'information nous est parvenue le soir-même. J'ai reçu un message alarmant d'un ami m'informant du désastre. J'ai préféré ne pas regarder la vidéo, ayant déjà une idée des violences transphobes (ou autres),  et craignant de surcroît que cela me (re)plonge dans une profonde tristesse. Je parlais donc de cette agression pour ce qu'elle représentait comme énième signe d'une transphobie décomplexée, mais pas pour ce que j'y avais vu. Et plus autour de moi, les personnes étaient horrifiées par ce qu'elles avaient vu, plus je me disais qu'il avait été sage de me préserver.  

 

Mais au fur et à mesure que les commentaires se déroulaient, que les discussions sur le sujet allaient bon train , quelque chose m'a frappé : les agresseuses n'étaient pas seulement présentées comme les horribles transphobes qu'elles étaient assurément au vu de leur acharnement, mais comme des "sauvages", des "animaux" et surtout - c'est là que ça m'a mis la puce à l'oreille - comme des personnes qui "font honte à leur communauté". A la seconde où j'ai vu ça je me suis précipité sur youtube, sur les journaux du net qui pouvaient en parler et en effet, j'ai vu de nombreux commentaires en anglais qui parlaient de ces personnes qui "devraient savoir ce que c'est que d'être maltraité", et qu'une telle agression "est encore pire quand elle vient de gens qui ont subi l'injustice". Et là je me suis dit qu'il fallait que je prenne mon courage à deux mains et que je regarde cette fameuse vidéo...

 

Et là tout devint clair : les agresseuses sont Noires, tout le personnel de Mac Donald est Noir, Chrissy est Blanche et la femme âgée qui prit sa défense aussi. 

 

Fouillez un peu sur internet et sur les blogs, pour voir comment l'agression est présentée selon des enjeux raciaux. On dit qu'en gros, les employés et les aggresseuses, sans se connaitre avaient des liens de connivences entre Noirs contre cette femme blanche. "Things are bad out in the world, with blacks openly furious at whites and a whole lot of whites quietly so in return" peut-on lire par ici. Il s'agit de la même idée développée en France par des gens tels que Finkelkraut ou Zemmour qui expliquent qu'à force de trop de "politiquement correct" comme ils disent, on ne s'attaquerait pas à la violence des enfants d'immigrés Noirs et Arabes contre les français blancs. C'est l'invention du racisme anti-blanc, depuis les "émeutes des banlieues" comme ils les appellent. Il s'agit de mettre sur le même plan, une société qui structurellement défavorise des personnes qui ne sont pas blanches (à l'emploi, au logement, pour des raisons de classe, etc) et des agressions, certes malheureuses, que des personnes blanches subissent (se faire insulter à Barbès ou château rouge etc) mais qui ne constituent en rien ni une barrière sociale, ni un plafond de verre

 

 

 

Un acte transphobe qui intéresse les médias ?

 

 

Comment se fait-il qu'un acte transphobe intéresse les médias ? D'habitude, ces derniers n'en n'ont cure et les rares fois où le sujet est abordé, ces demeurés parlent d'agressions "homophobes"...!

Plusieurs raisons peuvent être avancées : 

 

1) la scène est filmée. On possède donc des preuves visuelles contrairement à la plupart des agressions pour lesquelles on ne dispose ni d'image ni de son. Il y a donc l'aspect "preuve", mais il y aussi l'aspect "émotion", via l'image et le son. Cette vidéo est d'une grande violence. Il est difficile de ne pas éprouver de la compassion pour Chrissy. Il y a toujours des brebies galeuses, mais je pense qu'il est difficile de ne pas être touché-e par de telles images.


2) je reste toutefois convaincu que l'aspect racial de l'agression joue un rôle si ce n'est dans la médiatisation, mais dans l'émotion ressentie avec la rhétorique utilisée pour l'exprimer et dans la réaction de la justice. Enfin...je m'interroge plus que je n'affirme

- Médiatisation : pourquoi je n'affirme rien ? parce que je ne connais pas le poids des médias qui relaient l'information. De plus, je n'ai pas fait de recherches sur la médiatisation des autres actes transphobes. Evidemment, ils sont très peu médiatisés. Ils le sont toujours à une échelle locale sans que la question de la transphobie n'apparaisse clairement, ou alors ils sont diffusés à une échelle très spécialisée (= dans les médias dits "LGBT", ce qui explique que je puisse en avoir vent). Il me sera donc impossible de dire que cet acte transphobe "est plus médiatisé que les autres". Ceci dit, j'ai quand même vu que l'information est passée sur le Baltimore Sun, ce qui n'est pas rien.  

- Concernant l'émotion : je l'ai ressenti et partagée, mais je ne me rappelle à aucun moment avoir lu, vu, entendu que les auteurs d'agressions transphobes passées étaient nommés comme "animaux", "sauvages", "barbares" et encore moins comme "pires" parce que c'était "eux qui le faisaient, et qu'ils représentent socialement telle communauté".

 - La réaction de la justice : l'agression a été qualifiée de "Hate crime" et c'est une victoire pour Chrissy et la lutte contre la transphobie. Mais que dire de cette promptitude à juger un acte hautement coupable - pas de doute là-dessus - alors que de nombreux témoignages de trans aux EU laissent entendre que jamais on ne reconnait leurs affaires comme étant des crimes de haine et encore moins en prenant en compte la question transphobe. (A noter que le procureur dans cette affaire parle de crime contre "l'orientation sexuelle". Donc encore une fois ils sont à côté de la plaque. Il ne s'agit pas d'homophobie, mais de T.R.A.N.S.P.H.O.B.I.E. !). Que dire donc de cette décision de justice, dont je me réjouis qu'elle donne victoire à Chrissy, mais qui demeure à côté de la plaque,car n'y comprennant toujours rien en transphobie, et donc au fond de l'affaire ? D'autant que le jugement déconnecte complètement l'affaire d'un univers transphobe plus global où les agressions transphobes sont fréquentes. Si la lutte contre la transphobie les intéressent plus que d'enfermer ces deux abruties de transphobes, qui se trouvent être jeunes et noires, où sont les références à la lutte contre ces crimes spécifiques de haine plus généralement ? Quelles sont les mesures prises ? 

 

3) et puis il y a un autre détail, proche du deuxième, qui me turlupine  : cela s'est passé à Baltimore. Une ville plus dangeureuse que New York et Chicago. (Ben oui Chicago a changé, c'est fini Al Capone & cie !). Baltimore est connue pour être la ville dans laquelle il y a le plus de meutres entre Noirs (Black on Black crime) et les raisons avancées par la droite républicaine ne sont autres que "trop de Noirs, trop de gangstas qui ne veulent pas s'en sortir". Classique. Il y a aussi tous les discours sur le fait que les blancs seraient agressés par les Noirs, ces derniers ayant pris le contrôle de la ville aussi bien politiquement que gangsterment si on peut dire. Cela fait partie des villes où il n'est pas très difficile d'aller en prison si tu es Noir. Attention, je ne dis pas que tous les Noirs emprisonnés sont innocents. Mon propos est de dire qu'il s'agit des villes dans lesquelles les Noirs sont plus traqués, notamment avec des politiques comme celles du Broken Window. L'ancien maire républicain de New York, R. Giuliani (1994-2001) avait appliqué cette méthode  qui consistait à mettre en avant la Quality of life first. Sa mise en pratique à New York a dû être la plus poussée dans les villes américaines où ça s'est produit. Je ne détaillerai pas cette fois, mais en gros, cette politique appliquée dans certaines villes des EU consiste à penser qu'une fenêtre cassée dans un bâtiment augmente les risques que les gens aient envie de casser d'autres fenêtres dans le même bâtiment, aient envie d'y faire du trafic, de le squatter etc :

"Consider a building with a few broken windows. If the windows are not repaired, the tendency is for vandals to break a few more windows. Eventually, they may even break into the building, and if it's unoccupied, perhaps become squatters or light fires inside".

Et en fait, pour les politiciens qui adhèrent à cette théorie que j'ai résumé par une simple phrase de son auteur, il faut nettoyer les rues, rendre beaux les immeubles, et pour ça chasser tout ce qui peut contribuer à casser la "quality of life" et être métaphoriquement un "broken window". Du coup les arrestations vont bon train (si tu traines dans la rue, si tu es un gangsta, si tu salies et que tu fais partie des zonards tu es arrêté et les arrestations se sont concentrées par exemple sur les petits vendeurs de drogue dans la rue plutôt que sur le démantèlement des organisations de drogue elles-mêmes). Autrement dit, on chasse ce qui gêne à l'oeil nu. Sur qui cette politique a-t-elle eu le plus d'effets ?  Les jeunes Noirs des guettos. (A la fin de l'article je mets des liens vers la théorie du Broken Window et les critiques qu'elle a suscité).

A Baltimore, t'es Noir, tu fais une connerie, hop, en taule. Tu as les moyens, pour des questions de classe sociale, de faire des fraudes en cachette parce que tu es par exemple un avocat (la probabilité que tu es blanc est forte) et hop, tu es moins emmerdé par les flics. C'est comme ça partout évidemment, sauf que la politique du Broken Window accentue l'idée de faire dégager uniquement ce qui n'est pas beau à voir. C'est une manière encore plus claire de lutter contre la surface, contre ce qui gênerait la tranquillité des "honnêtes citoyens", plutôt que de lutter contre les trafics sous terrains ayant évidemment des impacts, mais des impacts indirects sur la "quality of life", sur le quotidien, des classes moyennes et élevées (trafics et fraudes sous-terraines qui par ailleurs sont souvent le fait de personnes issues de ces classes moyennes et élevées). 

 

En parlant des jugements judiciaires et des incarcérations en général, je ne peux résister à parler d'Angela Davis qui explique comment la prison et la justice sont des leurres : elle a beaucoup réfléchit sur le fait que si les personnes emprisonnées sont très souvent coupables, ce qu'il faut remarquer c'est ce que les personnes emprisonnées sont les coupables accessibles. Cela veut dire que les coupables innacessibles pour des raisons de classe sociale par exemple ne sont pas emprisonnés. En gros il y a même inégalité sociale face au crime, trafics et fraudes en tout genre : l'anonymat, l'action dans le secret, la connaissance des failles du système ainsi que les recours si jamais la justice s'en mêle, sont autant d' outils de classe qui permettent à beaucoup de ne pas de ne pas connaitre la prison, ou alors de n'y passer que très peu de temps, et souvent, sans amoindrir leur capacité financière. Cela veut dire qu'ils peuvent aisément avoir encore les moyens de recommencer. C'est pourquoi Angela Davis  voit la prison comme un système d'endiguement des personnes en marge du système capitalisme, plus que comme un lieu où on enfermerait tous ceux qui causent du tort à la société, aussi bien en surface qu'en profondeur. Interview (en anglais) d'Angela Davis sur le sujet, datant d'octobre 2008 :  www.youtube.com/watch?v=HU-PNWxhjr8

 

Donc je pense que ce jugement sur l'agression contre cette femme trans, tout à fait légitime quand on considère l'agression elle-même, n'empêche pas qu'on s'interroge sur un contexte plus global d'actions policières et judiciaires à Baltimore, ni - et c'est surtout le sens de mon interrogation non résolue pour l'instant - qu'on s'interdise de se demander si les autres actes transphobes (avec des preuves aussi évidentes ou non) requièrent la même attention. Je me réjouierais que la transphobie occupe les attentions, mais uniquement pour les bonnes raisons (à savoir la lutte contre l'injustice transphobe) mais pas pour de mauvaises (s'attaquer spécifiquement aux transphobes quand ils sont Noirs, c'est à dire, s'attaquer aux Noirs). 

 

 

Conclusion : 

 

Encore des raisons affligeantes de continuer à éduquer et militer. Assumons nos rôles d'emmerdeuses et d'emmerdeurs qui ont toujours une critique sociale à émettre. Car, même si cet exemple est Etats-Unien et qu'il est connu pour cette raison, il n'est qu'un exemple de transphobie parmi tant d'autres. 

Nous sommes les témoins d'un acte très violent contre une personne, en raison de sa transidentité trop visible aux goûts de certaines. Les agresseuses et les employés coupables de non assistance à personne en danger étant Noirs, la victime et celle qui l'a aidée étant Blanches, on assiste à une récupération raciste de la question et ainsi à une sempiternelle opposition entre les questions relatives au genre et à celles relatives au racisme. Il est une énième fois nécessaire de contrer cette opposition malheureuse, que Christine Delphy féministe française qualifie par ailleurs de "faux dilemme", en disant ceci :

 

1) Aux EU, une personne trans est tuée tous les mois. Nous parlons de meurtres, c'est encore pire pour les agressions. Ces personnes trans peuvent être Blanches, tout comme elles peuvent être Latinas, Indiennes, Arabes, Noires etc etc. Les agresseurs peuvent eux aussi être de toutes les couleurs.

 

2) S'il est évident que dans tout rapport, aussi bien le genre ou la classe son présents, la variable raciale l'est aussi sauf qu'on ne peut pas l'utiliser à tort et à travers :


- s'il faut penser qu'il y a eu connivence entre les employés et les agresseuses en raison de la couleur, ce qui ma foi n'est pas non plus aberrant, il me semble malhonnête de ne pas alors se poser la question des enjeux plus larges comme le fait que cette affaire soit potenciellement utilisée pour montrer l'incivisme et la violence effrénée des Noirs à Baltimore. Il est donc urgent pour qui veut intégrer le biais racial, de faire une enquête sur tous les actes transphobes dont les médias et la justice américaine se foutent en permanence, afin d'avoir des points de comparaison.

- de plus, quiconque sera prompt à utiliser le biais racial devra se rendre compte, comme me le disait un ami qui tirait son commentaire du livre de Rokhaya Diallo " Racisme mode d'emploi ", que pour les personnes appartenant à ce qu'on appelle les minorités "les bons exemples font figure d'exception, alors que les mauvais exemples donnent lieu à une dénonciation collective".  En gros quand une femme, un-e Noir-e fait quelque chose de dégueu on fustige "les femmes", "les Noirs". Quand un homme blanc fait un truc, c'est "un fou", quelqu'un qui fait un truc de malheureux. Bref, un cas isolé. Sa connerie ne donne pas lieu à une critique de son éventuel "groupe". C'est peut-être une argumentation prenant une tournure malheureuse, mais reconnaitre l'humanité aux gens, c'est aussi reconnaitre qu'ils peuvent être capables de tout. Les Noirs n'ont pas d'essence faisant qu'ils seraient soit gentils, soit méchants. Les Noirs sont noirs de peau et noirs socialement dans les préjugés et la réalité sociale qu'ils vivent, quoique diverse selon les classes sociales et d'autres variables. Mais, malgré tous ces aspects qu'ils ont en partage, les Noirs n'ont pas une "nature" en commun. Les Noirs n'ont rien fait à Chrissy. Deux abruties transphobes, qui en effet sont Noires, l'ont tabassée. (A noter que les commentaires fustigeaient aussi le fait que les agresseurs étaient des femmes et trouvaient que cela rendait leurs actes encore plus horribles...)


3) Pourquoi considérer que "les Noirs ne lui ont rien fait" ? parce que c'est la transphobie de ces personnes qui a été à l'oeuvre. Elle a pris une forme racialisée, comme pour tout. On peut même parler de connivences raciales, mais cette connivence raciale supposée est légitimée par le fait que tous ces connards et connassees étaient TRANSPHOBES jusqu'au os ! Il aurait suffit d'avoir d'autres Noirs tolérants voire trans eux-mêmes pour que cette connivence raciale supposée soit brisée. Les nombreuses vidéos de Noirs sur youtube condamnant l'acte sont bien la preuve que les Noirs ne font pas passer la connivence raciale avant tout et n'importe quoi. Ce qui a primé entre tous ces abrutis de même couleur samedi soir, c'était une connivence transphobe et hétéropatriarcale de merde. L'acte est et demeure transphobe. Sa suite est aussi transphobe lorsque l'inutile de juge parle de "crime contre l'orientation sexuelle". Il est une violence inouïe que de refuser de nommer les actes pour ce qu'ils sont. C'est bien de dénoncer la violence contre un "être humain", mais ce n'était pas en sa qualité d'être humain que cette femme a été agressée, mais bien parce qu'elle est une femme trans. La loi doit aller jusqu'au bout. Les coupables individuels doivent payer, mais les coupables socialement parlant aussi. C'est très dangeureux de faire à un groupe porter le poids de quelque chose qui est d'Etat (dispositifs médicaux et législatifs contraignant les vies des personnes trans aux EU comme en France). C'est aussi injuste puisqu'on retrouve la transphobie dans toutes les couches sociales. 


Donc oui, redisons-le, ce ne sont pas "les Noirs" qui ont agressé cette jeune femme, pas plus que "les femmes", ou "les femmes noires", mais deux abruties transphobes à la peau noire et au sexe dit féminin.

A croire que l'agression aurait été moins pire si elle avait été perpétrée par des hommes, blancs, hétérosexuels, riches. C'est à dire ceux qui jouissent des privilèges de neutralité, d'individualité et d'universalité. En clair, ceux qui ne représentent jamais "un groupe". 

Pourtant, si on regarde bien, c'est quand même leur hégémonie dans les sciences médicales du XIXe et XXe sièce qui a permi d'établir une catégorie qu'on a appelé "transexualité". C'est aussi cette hégémonie qui a socialement organisé la marginalisation des personnes concernées parce que soit disant malades psychiatriquement. C'est à cause de cette hégémonie dans la science que nos sociétés puent la transphobie et qu'il y a un tel travail d'éducation à faire pour changer les mentalités plus figées que du béton.  

 

Donc c'est bien cette hégémonie, ne se trouvant évidemment pas "dans" les hommes blancs hétérosexuels riches mais faite par certains d'entre-eux et les protègeant de toute marginalisation jusqu'à ce jour, qui est le coupable structurel de cet acte.

 

Alors plutôt que de faire dans le Broken Window et s'en prendre à la transphobie avec parcimonie (= quand ça permet d'attaquer des dites minorités), ni même à l'inverse de se focaliser sur les hommes blancs hétéros riches en tant que personnes, combattons la transphobie là où elle est le plus installée : dans nos lois, nos institutions, nos structures (médicales, professionnelles etc). 

 

(Saviez-vous par exemple que dans la loi française le changement du sexe sur l'Etat civil n'est possible pour une personne trans qu'après stérilisation ?)

 


Ne nous trompons pas d'ennemi.

 

 

 

Sources : 

 

Sur l'agression :

http://thenewcivilrightsmovement.com/hate-crime-young-transgender-woman-beaten-into-seizure-mcdonalds/discrimination/2011/04/23/19177

http://www.baltimoresun.com/news/maryland/bs-md-mcdonalds-beating-20110423,0,3336656.story

http://www.theblaze.com/stories/meet-the-good-samaritan-woman-who-tried-to-stop-brutal-mcds-beating/ 

 

Sur les agresstions transphobes en général :

http://www.transgenderdor.org/

 

Quelques associations trans en France (ou qui travaillent entre autres sur ces questions):

 http://www.facebook.com/pages/OUTrans/85038647804?sk=wall (parce que je n'arrive pas pour une raison inconnue à aller sur le site). 

http://chrysalidelyon.free.fr/

http://transencolere.free.fr/index_2.htm

http://www.actupparis.org/spip.php?page=secteur&id_rubrique=166

 

Sur le changement d'Etat civil spécifiquement : 

http://syndromedebenjamin.free.fr/juridique/etatcivil/cec/cec.htm

 

Sur la manière dont les sciences fabriquent les catégories de "sexe" et créent l'idée que les trans, les intersexes où les homos sont "malades" :

http://jesuisvenuemechangerenpierre.over-blog.fr/article-l-eclatement-du-sexe-biologique-70952919.html (et autres articles de ce blog) 

 

 Enquête de CNN en 2006 sur les villes américaines les plus dangeureuses :

http://money.cnn.com/2006/10/30/real_estate/Most_dangerous_cities/index.htm

 

Théorie du Broken Window :

 http://www.manhattan-institute.org/pdf/_atlantic_monthly-broken_windows.pdf , 

http://www18.georgetown.edu/data/people/ludwigj/publication-18261.pdf

 

Critique de la Théorie du Broken Window :

http://sitemaker.umich.edu/dthacher/files/OrderMaintenance.pdf

Bernard E. Harcourt, " Illusion of Order: The False Promise of Broken Windows Policing"  (Harvard 2001)    


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Missy 07/05/2011 22:10


Chapeau bas comme on dit ! tout est très bien articulé. Je ne connaissais pas du tout cette histoire de broken window mais vraiment le texte est mené avec intelligence. C'est vrai qu'ailleurs, les
analyses ne sont pas aussi articulées et aussi vigilantes sur la question du racisme !


Gab 02/05/2011 02:02


Merci bcp Heliogabale Magnus pour ton com qui me fait en plus savoir que cette histoire de broken window ne se limite pas aux EU. Je ne savais pas du tout que la GB avait repris ça à son compte...
Visiblement l'oppostion question sexuelles/questions raciales est en plein se déchaînent pour le plus grand malheur des queer of color...


Heliogabale Magnus 01/05/2011 12:54


Superbe article. L'articulation des problématiques soulevées par l'agression (transphobie, racisme) aux politiques de contrôle 'socio-spatiales' (Broken Window, Zero Tolerance à la Giuliani - voir
la gentrification radicale de Times Square à l'unique profit d'une hétérosexualité blanche, middle class et familiale) ajoute une dimension essentielle au débat. Et cela est loin de se confiner aux
US puisque ces politiques ont par exemple été largement adoptées en Grande Bretagne (Defensible Space, Broken Window, Secured by Design et j'en passe), les conséquences sociales en étant
désastreuses - contrôle policier permanent de certains territoires jugés asociaux (entendre: working class communities in public housing), nouvelle manifestation des haines de classes à l'anglaise.
Ceci intrinsèquement lié à des fantasmes de sexualité violente et hors de contrôle - quelle surprise!... Voilà pourquoi ça m'a fait un plaisir énorme de lire ce texte.


Gab 30/04/2011 19:27


Coucou, merci pour vos coms! @ Leilie : oui la façon dont on parle de cette affaire affligeante, et comme d'habitude les "LGBT" mainstream tombent dans les filets que l'offensive raciste leur tend
de manière encore plus forte ces derniers temps. C'est la première fois que j'écris un article de blog que j'essaie à ce point de faire tourner un peu partout, dans la mesure où ça me GONFLE
d'entendre que des analyses simplistes de toute cette histoire. Je pense pouvoir me tromper sur certains points, car comme je l'ai dit je m'interroge plus que je n'affirme. Cependant il me semble
que la plupart des médias qui relaient l'info ne font même pas ça alors...pfff bref, je suis très ouvert à discuter sur le sujet pour aller encore plus loin.


Leilie 29/04/2011 21:32


Enfin quelqu'un qui a comprit le fond de cette vidéo et qui a su le développer correctemment. Merci !