Antiracisme ou antisexisme, "faux dilemme" nous disait C. Delphy...dans quelle mesure ? Pause

Publié le par Nègre Inverti

 

Ce qui m'a le plus donné envie d'écrire sur le sujet c'est que je considère ceci : le faux dilemme est surtout théorique. Agir et militer d'une manière qui ne sacrifie ni l'antiracisme et une conscience de classe, ni l'antisexisme, ni la lutte contre l'homo/lesbophobie est beaucoup plus ardu, que le fait d'en parler. Je l'expliquais ici. 

 

Je me suis rendu compte que ce n'était pas si simple pour moi d'écrire sur le sujet. Dans ma tête les exemples sont légions, et tout est mélangé.


C'est pourquoi je mets cette réflexion sur pause, ou plutôt, le fait de vouloir en rendre compte. Cette réflexion ne me quitte pas de toutes les façons. Dans la vie de tous les jours, elle est bien présente. Le problème que j'ai concerne vraiment le fait d'organiser et de mettre en mots tout ce que cela m'inspire. Je pense que c'est dû au fait que mon implication est très forte dans toutes ces questions. 

 

Cependant, même sans pouvoir développer une vraie réflexion sur le sujet, proposer des arguments et les illustrer, je peux donner quelques idées en vrac. En plus du fait que pour moi, le faux dilemme est surtout théorique, je pense aussi que : 

 

 si certaines positions antisexistes et anti homo/lesbophobes manquent de conscience sur les problématiques raciales et peuvent être récupérées par les racistes, des propositions antiracistes peuvent être facilement être récupérées par des sexistes.

 

Exemple : des racistes peuvent trouver ça génial que des gens soient contre le port du niqab parce qu'ils méprisent l'islam, mais des sexistes peuvent trouver très bien que des gens ne soient pas contre le port du niqab car pour eux une femme ne devrait pas être vu par d'autres hommes que son mari.

 

Ce qui permet en fin de compte d'avoir une position c'est la question concrète de la loi qui était clairement stigmatisante. La loi contre le port du niqab matérialisait la question et il s'est avéré clair que cette loi était faussement en faveur des femmes et réellement contre les musulmanes et musulmans.

 

Autre exemple : la bêtise NiputeNisoumisienne. Cette assoc a montré à quel point elle pouvait avoir des positions racistes (discours selon lequel les "garçons des quartiers" seraient plus barbares que les autres), et à quel point elle n'avait pas peur de se salir les mains en recevant le fric du gouvernement.

 

C'est pourquoi quand NPNS a lancé son truc de journée de la jupe, beaucoup de féministes antiracistes ont moqué l'évènement, afin de ne pas participer à l'entreprise raciste qu'il y a toujours derrière NPNS. Sauf que si on peut craindre de participer au racisme en suivant une action de NPNS, ne peut-on pas craindre de participer au sexisme en faisant comme s'il était complètement absurde de revendiquer de porter une mini jupe ?

 

N'est-ce pas oublier qu'encore aujourd'hui porter une mini jupe  peut être perçu comme de la provoc' et que du coup, moquer sans distanciation la journée de la jupe reviendrait à être du côté de ceux (et aussi celles...) qui n'ont vraiment pas envie que les femmes mettent des mini jupes pour tout un tas de raisons sexistes ?

 

Aussi, réduire NPNS aux marioles qui fricotent avec le gouvernement, n'est-ce pas rendre la tâche difficile à toutes les jeunes filles militantes qui elles pour le coup sont les vraies perdantes ? Je crois qu'il faut évidemment publiquement dénoncer les idioties de NPNS, mais je regrette que JAMAIS les détractrices de cette assoc (et là je parle des femmes blanches) ne se rendent compte que derrière les cheffes, il y a des militantes qui vont dans ces assoc parce que réellement le sexisme existe partout, et que discréditer sans distanciation et nuance leur assoc revient aux yeux de leur entourage à discréditer le militantisme féministe en général ?

 

Moi c'est un des trucs qui me marque : les divisions féministes que nous connaissons en tant que féministes et pro-féministes, le reste du monde S'EN TAPE. Du coup, quand on démonte, avec raison, NPNS, sans bien insister (et c'est là le problème) sur le fait qu'on  ne veut pas en disant cela, laisser penser qu'il n'y aucune raison de parler des mini jupes, je trouve ça dangereux. Selon mon petit sondage personnal : des mecs de mon entourage était très contents du discrédit de la journée de la jupe limité il est vrai à ma sphère féministe antiraciste, car ils ont réussi à y trouver un appui à leur idée : de quel droit revendiquent-elles  la mini-jupe ?

Donc tout le monde est récupérable. Les mainstream par les racistes. Nous par les sexistes.


 

Ce que je trouve aussi dangereux, c'est que la parole des personnes racisées, femmes, pédés, gouines, trans, biEs est souvent confisquée  de plein de façons : 

 

 

- par des gens qui nous stigmatisent, nous infantilisent en nous montrant qu'on seraient pas assez féministes, pas assez dans la lutte transbipédégouinienne. Ce camp-là va jusqu'à nier que lui-aussi est endoctriné, que lui aussi est soumis à un contrôle social, et qu'il faut arrêter d'aller chercher le contrôle social sur les femmes musulmanes par exemple. Ce camp-là nie qu'il n'est pas seul au monde, et que du coup, des vécus sexistes différents amènent à des luttes antisexistes différentes et qu'il n'y a pas UN féminisme. 

 

La parole peut aussi être confisquée d'une autre façon :

 

-cette fois, par des gens qui nous poussent à l'autocensure car chaque fois qu'on pose un problème comme spécifique elles/ils nous disent de ne pas dire ça car ça peut être récupéré par le racisme. Ce camp-là va jusqu'à nier des histoires de vies, où il y a réellement des spécificités par rapport à un lieu donné.

 

Exemple : des gens par grandeur d'esprit antiraciste, qui n'ont jamais mis les pieds aux Antilles, mais qui ne veulent pas que je dise qu'il était impossible de penser faire une transition et que je ne connaissais pas d'assoc LGBT visibles.

 

Lorsque les évolutions matérielles de mes conditions  d'existence ont évolué une fois à Paris, et que des gens se permettent de les nier, alors que ce sont des blancHEs de France hexagonale qui ne savent pas de quoi elles/ils parlent, j'ai juste envie de les décapiter. Alors quoi, faut fermer son bec jusqu'à ce que le racisme disparaisse ? Dommage je pense que je serai déjà six feet under.

 

Je sais très bien que Paris n'est pas l'eldorado pas plus que les Antilles un enfer. Mais il faut être particulièrement hypocrite pour nier le fait que des métropoles permettent souvent de faire des choses qu'on ne pouvait pas faire dans les petites villes. Même s'il y a autant de sexistes, d'homophobes et de transphobes, à Paris et à San Francisco, qu'à Pointe-à-Pitre, c'est quand même à Paris  que j'ai pu connaitre un type de militantisme et d'aides sur les questions trans.

 

La question n'est pas individuelle : des imbéciles, il y en a partout. Mais des structures qui contrent leurs effets, malheureusement non, elles ne sont pas partout. Ou alors pas toujours aussi visibles, accessibles.

 

Cela reste limité à Paris, mais c'est possible , malgré limites et contraintes (question de classe sociale qui, même dans un lieu où il y a un peu plus de possibilités comme Paris, limitent certaines personnes). Faudrait-il nier tout cela pour faire joli ? Moi je rêve que les tapettes, gouinettes, biEs, trans girls, boys and whatever puissent être bien où qu'ils/elles se trouvent, et peu importe les noms qu'ils/elles utilisent pour se définir. Oui, j'ai conscience que les mots "tapettes" & co sont occidentaux.

Il est de mon devoir de dire que de ce que j'ai connu :  y'a des endroits où c'est plus chaud qu'à Paris, alors qu'à Paris c'est déjà très chaud, pour se vivre ouvertement (j'insiste sur le "ouvertement") comme tapettes, gouines, biEs et trans. Et par antiracisme, ces personnes devraient rester invisibles, ou alors il faudrait attendre "le bon moment" pour les sortir ? Demandez-vous pourquoi les assoc LGBT dites "Antillaises" se trouvent à Paris et pas à Fort -de France, au lieu de nier nier nier. 

 

Dans les deux cas, les gens qui nous poussent à la stigmatisation ou l'autocensure sont blancHEs. Donc, donc les deux cas, il faut qu'ils/elles se mettent dans le crâne que ce ne sont pas elles/eux les perdantEs, s'il faut qu'il y en ait. Dans les deux cas, elles/ils se pensent légitiment, et se renvoient le paternalisme.

 

 

Etant dans un milieu féministe antiraciste, j'ai parfois l'impression que souvent les femmes blanches antiracistes se croient exemptes de paternalisme, et aussi (autre truc qui m'énerve) croient que les racisées pensent pareil, et que les féministes racistes ne respecteraient pas "LE" point de vue des racisées

 

 

Eh ben non, y'a pas "UN" point de vue de racisées. On entend certains plus que d'autres. Et si justement, féministes antiracistes, avez conscience du fait que vous ne pouvez pas dire certaines choses, parce que blanches vous êtes, taisez-vous quand des racisées disent ces choses. Si ce n'est pas aux féministes mainstream de parler à la place des racisées, ce n'est pas aux féministes antiracistes d'organiser la parole des racisées et de dire lesquelles racisées sont plus légitimes à parler.

 

Puisqu'il n'y a pas UN point de vue racisé, mais plein de points de vue de personnes racisées, il faut s'attendre à ce que toutes sortes d'idées émergent, et c'est aux racisées de débattre entre elles.  

 

Autre chose, mais que je ne saurai trop développer correctement pour l'instant :


une même idée en apparence, mais porter par des gens aux positions sociales différentes n'est en réalité pas la même. 

 

Exemple : une blanche style Badinter qui délire sur le voile et est contre ce n'est pas comme une femme musulmane qui est contre. Les deux sont contre mais j'estime que cela ne relève pas du même processus. Etre contre quelque chose lorsqu'on est en position d'extériorité n'est pas la même chose qu'être contre quelque chose qui a pu, peut, ou pourrait nous concerner. Après, pour affiner on pourrait dire que selon la classe sociale, le pays, il n'y a pas qu'une seule façon d'être musulmane et d'être discriminées etc, mais par rapport à Badinter, je reviens à cet exemple, ça m'a l'air quand même très différent.

 

 

Pour l'instant je ne peux faire que ça : lâcher des idées en vrac. 

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Gab 17/12/2010 01:13


Hey merci de ta lecture louloute ;)


Alix 16/12/2010 10:46


Merci pour ce texte !