Antiracisme ou antisexisme, "faux dilemme" nous disait C. Delphy...dans quelle mesure ? Partie 1

Publié le par Nègre Inverti

Dans les textes que l'on peut trouver ici en 4 parties,  Christine Delphy explique en quoi pour elle l'idée qu'il faudrait choisir entre antiracisme ou antisexisme est un faux dilemme. Je partage évidemment son point de vue. Malheureusement, que ce soit dans les sphères militantes ou selon des points de vue divers, il y a presque toujours deux logiques qui se dessinent :  

 

 

 


 

 

 

 

1- pratiques antisexistes, anti homo/lesbophobes aux logiques racistes 


Des pratiques anti sexistes qui ont des logiques racistes jouent contre les femmes non blanches parce qu'elles les attaques sur leurs identités "ethniques" pour aller vite. Par exemple  "libérons les femmes voilées" :  si on peut évidemment remarquer que ce sont les femmes et pas les hommes qui mettent le voile, lorsqu'on fait du voile un symbole d'oppressions en faisant comme si corps et pratiques des femmes non voilées et non musulmanes n'étaient pas aussi sous le joug d'un contrôle social, avec des injonctions à une féminité supposée obligatoire etc, cela donne l'impression que le problème c'est "la" culture musulmane, et ça, tout en voulant avoir une réflexion sur l'aspect genré du port du voile, c'est raciste. Lorsque ce type de discours concerne les hommes non blancs, les présenter comme "plus machos" que les autres, mais aussi "plus homophobes" que les autres, c'est aussi raciste car on fait à des groupes spécifiques porter le poids d'un sexisme, d'une homophobie et d'une transphobie qui sont largement partagées peu importe la couleur, la classe, et qui en plus, sont  consacrées par l'Etat. (En effet, que fait l'Etat contre les 26% d'écart salarial entre hommes/femmes et la fermeture des centre IVG par exemple ? Que fait-il pour le mariage, l'adoption gay [même si ok, ces thèmes n'ont peut-être pas à être centraux ds les luttes gays et lesbiennes] ? Et enfin, que fait-il contre la psychiatrisation et les stérilisations forcées des personnes trans pour avoir des papiers ? etc etc).

 

 

 


 

2- pratiques antiracistes aux logiques sexistes et homo/lesbophobes 


Des pratiques antiracistes oublieuses, volontairement ou pas, des questions de genre, de sexualités jouent, peut-être pas particulièrement contre les minorités de genre et les minorités sexuelles blanches, mais surtout contre celles où les personnes sont non blanches. Lorsque par exemple, pour dénoncer à juste titre, la très faible représentation des minorités ethniques, et particulièrement noires, dans les médias français, le chanteur Krys critiquait le fait que "ces Noirs-là" [= des pédés (Magloire) et des transgenres (Mc Doom) soient ceux qui sont à la télé] soient ceux qui passent à la télé, cela joue contre les trans, gouines, pédés noirEs. Comme Krys, ils/elles peuvent subir le racisme mais subissent en même temps une exclusion vis-à-vis des Noirs qui ont des positions majoritaires et qui estiment que"ces Noirs-là" leur font honte. Evidemment, Krys a critiqué, encore à juste titre la récupération de cette histoire par Cauet à des fins racistes, et il avait raison. Et on pourrait aussi se demander pourquoi à certaines personnes dans les minorités ethniques, les médias seraient plus ouverts. MAIS ça ne  dédouane pas Krys d'avoir été homophobe premièrement, puis d'avoir été transphobe, lorsque dans une émission dans laquelle il s'est excusé, il a déclaré ne pas avoir été dérangé par l'homosexualité de Vincent Mc Doom (qui par ailleurs jusqu'à jour n'a jamais dit "je suis homosexuel", mais passons...), mais par le fait "qu'il est un homme et qu'il s'habille en femme"... (et c'est là que t'as envie de lui dire "et quest-ce que ça peut t'faire ?"). Il y a des vidéos de tout cela sur youtube pour celles/ceux que ça intéresse.

 

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J'arrive maintenant à l'objet de cet article : discuter l'idée selon laquelle choisir entre antiracisme et antisexisme ne serait qu'un faux dilemme.

 

Etant à la fois objet et sujet de toutes ces questions, j'ai envie de m'exprimer sur tout cela et je pars avec une idée qui s'est développée après 20 ans de vie dans un contexte où être NoirE n'est pas être une "minorité", puis depuis 3 ans en faisant désormais partie des minorités ethniques puisque je vis en France hexagonale.  (Bon alors évidemment, je n'ai pas eu 20 ans de conscience militante, mais j'ai quand même passé mon enfance, mon adolescence et mon début de vie adulte en Guadeloupe ce qui joue fortement dans ma façon de me placer sur ces questions, par rapport à des personnes non blanches qui ont toujours vécu en France hexagonale et qui du coup ont toujours vécu le fait d'être des minorités ethniques.

 

L'idée en question est la suivante : le "faux dilemme" dont parle Christine Delphy est surtout théorique. Je crois en effet qu'on peut dire et écrire des choses qui ne sont ni racistes ni antisexistes (j'oublie volontairement la classe ici pour me concentrer sur ces deux oppositions, mais il faudra y revenir car ça explique  beaucoup de prises de position). Mais pour ce qui est de les mettre en pratique, d'agir, de militer en étant féministe antiraciste en ne sacrifiant ni l'une ni l'autre des luttes, je crois que c'est vraiment très compliqué, et que malgré ce que l'on dit et pense sincèrement,  on choisit peut-être toujours son camp...

 

C'est vraiment pas évident selon moi d'être féministe antiraciste, surtout (et c'est un truc qui me semble essentiel) lorsqu'on analyse qui parle, pour dire quoi et à qui... toutes ces complexités font que je ne comprends pas les positions ultra figées , polaires et très culpabilisantes que je vois autour de moi... Je pense  par exemple qu'être féministe antiraciste lorsqu'on est racisée et lorsqu'on est blanche ne donne peut-être pas les mêmes positions. Et aussi, entre racisées les positions féministes peuvent être trèèèèèèès différentes. . 

 

Au fil des articles je vais éprouver cette idée selon laquelle, des choix sont toujours faits et une des luttes toujours sacrifiées, même un peu, au profit de l'autre. Mais, même si je l'éprouverai, j'assume que c'est mon postulat. Un postulat difficile à assumer vu les oppositions très manichéennes entre celles/ceux qui taxent les autres de profondément racistes, à juste titre dans bien des cas, et celles/ceux qui estiment que les autres ne sont pas de "vraiEs" féministes parce que trop antiracistes, puisque d'une certain façon cela voudrait dire que moi aussi j'ai "fait un choix" et que je trahis aussi une des causes.

 

Bref, je vais essayer de retranscrire l'essentiel de ce que je pense sur le sujet, au vu d'expériences que j'ai eues. J'ai même l'impression qu'au fond, c'est vraiment en rédigeant les articles qui vont suivre que je pourrais moi-même trouver une réponse satisfaisante. 

 

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